Au pied de la falaise exposant les ruines médiévales de « Méraude », les très nombreux artisans vous montreront leurs savoir-faire dans le village de Houx, en bord de Meuse. Un concert et un feu d’artifice clôtureront joliment la journée.
Question de couper votre journée en deux, n’hésitez pas à emprunter le vallon de la Colleberre près de l’église pour rejoindre Poilvache (un bon 30 minutes de montée). Vous visitez les vestiges de la ville et du château, classés Patrimoine exceptionnel. Vous pouvez y localiser avec imagination les artisans que vous aimeriez voir à tel ou tel endroit des ruines (vous pouvez laisser à l’accueil un plan argumenté et vos coordonnées). Puis vous redescendez par le versant nord qui vous acheminera en une petite demi-heure au pont du chemin de fer au bout du village. Vous replongerez alors dans le Marché artisanal.
Faisons un petit pas de côté et revenons à 1429. Et si Philippe le Bon avait pris Montorgueil en février 1429 ? Et si les Dinantais n’avaient pas entraîné les autres milices urbaines liégeoises dans une grande opération punitive en pays namurois après cette tentative ratée ? Et si Philippe de Saint-Pol, duc de Brabant, était mort plus tôt que août 1430 ? Poilvache n’aurait-il pas été assiégé et détruit en juillet 1430 ? Ainsi, un événement peut tenir à peu de choses comme le montre Axel Tixhon, professeur d’Histoire à l’U Namur, en mettant en perspectives Poilvache.
N’empêche, Poilvache fut bien détruit en 1430. Cinq jours de siège mais pas de date plus précise d’une année et une saison, voire un mois. Il y a un témoin de ce siège victorieux en juillet 1430 et il a laissé des traces. Voici la fin du récit de Jean de Stavelot relatant le démantèlement de notre forteresse par les troupes de la Principauté de Liège renforcées, cette fois, par les armées de Dinant et de Huy :
« [ … ] mais la grosse bombarde de Huy tira un coup qui abattit une vieille paroi en leur citerne, si bien que l’eau fut toute souillée ; et perça ladite bombarde un autre vieux mur de sorte que la pierre passa tout outre de l’autre côté de la forteresse. Et donc se rendirent au 5e jour ceux de dedans, saufs leur corps et leur avoir, si bien qu’on les laissa ainsi aller leur voie ; et fut ainsi gagnée la forteresse et furent mise à la tour maitresse les bannières de monseigneur de Liège, de la Cité, de Huy et de Dinant, de sorte qu’elles furent visibles de Bouvignes ; et qui, fut ladite forteresse abattue et toute démolie. » (Jean de Stavelot, Chroniques ; texte original et son étude ici)
Cette destruction de Poilvache en juillet 1430 est un événement important qui explique l’état actuel des lieux et qui nous informe de ce que les hommes y ont fait. Vous en visitez les ruines. Vous soutenez, à travers l’Association des Amis de Poilvache, sa préservation, son étude et son animation.
Ce récit touche aussi l’humain et le citoyen que vous êtes. Posons un regard philosophique. Ce récit donne à penser de nombreux points sur l’être humain, la réalité et le monde dans lequel on vit et il pourrait nous interpeler. Formulons quelques questions vaches qui méritent, vous en conviendrez peut-être, une recherche collective et démocratique :
*Qu’est-ce qu’un bon témoin ? A quelle conditions peut-on se fier à un témoignage ?
*« Pourquoi … ? Parce que … » Y a-t-il une seule cause pour expliquer un fait ? *Faites-vous une différence entre la cause et la raison d’un fait ? *Qu’est-ce qu’une cause ? Que recherche la science moderne ?
*Le citoyen namurois / luxembourgeois / bourguignon / belge au XXIe s. doit-il ne pas oublier cette date de 1430 ? Doit-on commémorer cette mort de Méraude et en faire un devoir de mémoire ? Poilvache peut-il devenir un lieu mémoriel ? Doit-on en rire ou en pleurer ? Est-ce une bonne alternative ?
*Pourquoi les hommes se font-ils la guerre ? *Etes-vous d’accord avec le point de vue de Hobbes qui définit l’humain à l’état de nature comme homo lupus est [L’homme est un loup pour l’homme] ? *Fait-on la guerre ou fait-on la paix ? De la guerre ou de la paix qui est première ? *Un homme religieux peut-il faire la guerre ? *Un chrétien catholique peut-il faire la guerre ? *Y a-t-il des guerres justes ? *Laissez sortir vivants les occupants d’un lieu assiégé avec leurs avoirs adoucit-il la violence des faits ? *La forteresse abattue, les murs furent démantelés : Que vaut un exemple ?
Ou encore :
-La citerne de Poilvache est touchée. Plus d’eau, plus de vie. L’Eau est-elle en effet l’élément vital ? -Toute forteresse est-elle un château ? -Les vieux murs percés par la bombarde de Huy : La faiblesse est-elle l’apanage des vieilles choses ? Les bannières liégeoises au sommet de la tour maitresse : Marquer son territoire n’est-il pas animal ?
Bonnes réflexions à vous et n’hésitez pas à participer à cette cueillette de questions en proposant votre propre interpellation ou en reformulant l’une ou l’autre de ces questions.
PS : la légende de l’enluminure à droite de la courtine de Poilvache : « Siège d’Orléans, en 1428-29 » (Enluminure du manuscrit de Martial d’Auvergne, Les Vigiles de Charles VII, Paris, BnF, vers 1484.)
Nous ne pouvons que relayer cette initiative de la MPMM :
Dominant la Meuse en aval de Dinant, la forteresse de Poilvache est érigée au début du 13e siècle et, objet de toutes les convoitises, détruite à peine deux siècles plus tard. En subsistent de hauts murs qui ondulent sur une crête calcaire et enserrent un duvet de pins noirs. Depuis des siècles, Poilvache intrigue ceux qui, voyageant sur la Meuse, la repèrent de loin avant de s’aventurer à l’intérieur de ses remparts… Qu’ont-ils à dire, ces murs si souvent « croqués » par le peintre ou effleurés par l’écrivain décidé à leur faire raconter leur histoire mouvementée? Tarif 5€ Réservation obligatoire : 082/22 36 16 – info@mpmm.be
Telle ne fut pas ma surprise de découvrir que ce conflit perdu dans notre Condroz serait l’objet de la newsletter de ce vendredi 28 juillet envoyée par les éditions Les Belles Lettres ! Cette maison d’édition est particulièrement connue pour ses deux grandes collections Guillaume Budé sur la littérature gréco-latine antique mais elle propose beaucoup d’autres livres très intéressants comme ce « Un été de culture G » illustré par les vignettes de Scott Pennor’s.
Cette maison d’édition à la chouette avait décidé pour les vendredi de juillet 2023 de faire découvrir à ses abonnés quelques conflits méconnus. Voici leur récit de cette « Guerre de la vache », énième querelle de voisinage entre nos médiévaux Comte de Namur et Prince-Evêque de Liège. Cela se déroule à la lisière de la forêt d’Arche, à quelques kilomètres seulement de Poilvache sur les plateaux condruziens :
« La guerre de la vache de Ciney (1275-1278) »
selon Florence Braunstein et Jean-François Pépin.
LE CONTEXTE Il nous est difficile d’imaginer la complexité des rapports féodaux, et la guerre de la vache de Ciney permet d’illustrer ce propos. Il faut penser un monde, où, sur le territoire de l’actuelle Belgique – mais l’affaire aurait pu se dérouler ailleurs en Europe – les droits seigneuriaux et ecclésiastiques sont si imbriqués que, dans une même ville, un côté de la chaussée relève de l’évêque, l’autre du comte, et le pont qui les relie de l’abbaye. Chacun, bien sûr, veillant jalousement à l’exercice de ses droits, refusant tout empiétement des autres autorités. C’est ainsi que le vol d’une vache sur les terres du prince-évêque de Liège, en vain proposée à la vente sur celles du comte de Namur, à quelques kilomètres, entraîne une guerre féodale de trois années, des destructions, des centaines de morts.
LE DEROULEMENT Un paysan, Engoran, du village de Jallet, dépendant de la principauté de Liège, vole à Ciney, village voisin, une vache, en 1278. Il compte profiter de la foire d’Andenne, sur le comté de Namur, pour la vendre. C’est certes proche, mais une frontière invisible sépare les deux territoires, d’un côté le suzerain est le prince-évêque de Liège, Jean d’Enghien, de l’autre il s’agit du comte de Namur, également comte de Flandres, Gui de Dampierre. Ces princes se moquent éperdument du vol d’une vache, tant que leurs droits sont respectés. Or, le propriétaire de la vache, lui aussi venu à la foire, reconnaît son animal, alerte le bailli, Jean de Halloy, responsable de la police locale du Condroz, région du vol. Sur place, à Andenne, il n’a pas de pouvoir, ce n’est pas sa juridiction. Il propose un arrangement, que le voleur accepte : ramener la vache à son pré d’origine, et tout le monde oublie l’affaire. Seulement, à peine parvenu sur les terres du Condroz, où son autorité s’exerce, le bailli fait pendre le voleur. Le seigneur local, Jean de Goesnes, qui rêvait d’être bailli, saisit le prétexte : que le manant soit pendu, oui, mais sur son ordre. Aidé de ses neveux, il attaque peu après et détruit le château de Jean de Halloy.
vignette d’illustration du livre par Scott Pennor’s
Ce dernier se venge en brûlant terres et villages de son rival.
Et là, la mécanique féodale se met en route, la famille de Jean de Goesnes appelle à son secours son suzerain, le comte de Flandres, Gui de Dampierre, qui lui apporte son appui militaire pour prendre le village de Ciney, où le vol avait eu lieu, et brûler toute la population réfugiée dans l’église. Finalement, c’est le suzerain le plus haut placé, le roi de France Philippe III le Hardi, qui met fin aux hostilités. Il décide que les torts infligés par les deux parties s’équilibrent et ordonne le retour à la paix. Et le prince-évêque de Liège, me direz-vous ? Comme à son accoutumée, le prudent ne s’est mêlé de rien, demeurant bien à l’abri dans son palais épiscopal.
Les Nouvelles Pratiques Philosophiques, connues aussi sous le nom et l’abréviation PAE ou P4C (Philosophie Avec les Enfants / Philosophy for children), sont au coeur de l’enseignement en WBE. L’UNESCO soutient le développement de ces nouveaux outils pédagogiques dans le monde. Ils ont été imaginés depuis les années 1960. Matthew Lipman, Michel Sasseville, Michel Tozzi, Oscar Brenifier, philosophes et docteurs universitaires, sont les pères de ce mouvement pédagogique et philosophique. Il s’agit d’aider les participants à mieux penser par et pour eux-mêmes avec les autres. Ces jeux de paroles éduquent aux valeurs de la démocratie, de l’émancipation, de l’ouverture d’esprit et à l’esprit critique. L’animation de ces discussions collectives repose sur différents dispositifs et supports bien connus maintenant.
Le dernier numéro de la revue « Philéas & Autobule », n°85, juin-juillet 2023, du Pôle philo du CAL – Brabant wallon nous intéresse particulièrement. En effet, le dossier central traite de la question « Que faire du passé ? ». Reprenons l’édito en l’adaptant un tout petit peu à notre site patrimonial : « Les fossiles, les ruines de château, les comtes et les princesses … le passé, cela fait rêver non ? Et les histoires racontées par l’Oncle Paul, les bêtises qu’on a faites quand on était petits … quels beaux souvenirs ! Mais quand l’histoire est plus sombre, le passé peut aussi nous rendre tristes ou honteux. Alors que faire du passé ? Le respecter, en rire, l’oublier ? Pourquoi apprendre à le connaitre ? Peut-on faire confiance aux souvenirs ? Aux tessons de céramique et aux morceaux de torchis brûlés ? Aux pierres taillées à la broche ? Est-ce que le passé fait de nous ce que nous sommes ? Voilà un numéro qui rend le passé bien présent. » Le numéro recèle de petits récits qui questionnent, d’exercices qui font réfléchir, de jeux pour muscler les méninges, individuellement et collectivement.
Nous reparlerons de ces nouveaux supports d’animation dans ces colonnes et dans les prochains numéro de notre périodique !