Et pendant ce temps, elle pousse … La citronnelle de Poilvache

Elle se boit, elle se mange, elle se sent … Elle est discrète. On peut la confondre. Il lui faut peu pour pousser. Elle a des concurrentes dans ses vertus. Mais elle prend soin des autres !

Il ne s’agit pas de la verveine citronnée, Lippia triphylla Kuntze, plante d’origine chilienne mais bien de la Labiée identifiée Melissa officinalis L., avec des tiges aux 4 angles, ses feuilles opposées et ses fleurs à deux lèvres, probablement est-méditerranéenne propagée par la culture gréco-romaine et naturalisée en Europe. Cette vivace a un doux parfum de citron, d’où son nom. 

Pas moins de 11 mots la désignent dans la littérature antique. La mélisse entrait dans la composition des couronnes de fleurs (Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XXI, 53). Une botte de mélisses permet de retenir facilement un essaim d’abeilles, indique Pline dans le même livre au § 149 avant d’énumérer ses bienfaits médicaux. 

Pas moins de 6 mots la désignent dans la littérature médiévale. La mélisse est citée dans Le livre des simples médecines (manuscrit du XIIIe s.), et dans Le livre des simples médecines  couvrant  deux manuscrits du XVe s., l’un en latin, l’autre en français, copies et traduction d’un compilateur du XIVe s. qui reprend et amplifie du double le précédent. Elle est aussi citée dans l’ « herbier » peint d’une grande richesse avec 337 miniatures de végétaux, nommé le  Livre d’heures d’Anne de Bretagne (début XVIe s.) illustré par Jean Bourdichon. Elle n’est pas citée dans le Menagier de Paris (manuscrit du XIVe s.). Désolé pour les précisions un peu lourdes mais utiles : les grandes Cours d’Occident, les monastères, les apothicaires, les mires (médecins) et les sorcières, à côté des manants, serfs et vilains un peu lucides, tout au long de nos XIIIe – XVe siècles, avaient donc connaissance de ces livres et / ou de cette plante. 

Elle est connue au Moyen Age comme plante emménagogue, résolutive et tonique. C’est une plante digestive et antispasmodique populaire toujours très utilisée. Elle aromatise agréablement les salades, les soupes et les marinades. C’était une plante à huile essentielle mais des plantes exotiques sont maintenant plus rentables de ce point de vue. 

La rudérale mélisse, quelques fois mêlée aux orties et aux ballotes, peut passer inaperçue. Elle est naturalisée aux abords des lieux habitués et des ruines.

La mélisse pousse en différents endroits dans le domaine de Poilvache. Vous pouvez la repérer aujourd’hui notamment dans l’escalier calcaire de la cave fortifiée de l’enceinte sud récemment fouillée par l’AWaP jusqu’à l’éperon rocheux. (voir video ci-dessous)

La mélisse entre dans la composition du mélange « Rêver sous les étoiles », sachet de tisane qui est toujours en vente au pavillon d’accueil des ruines. 

Voici ce qu’en dit Séverine, la tisanière de Feuilles d’Herbe : 

Pour en savoir plus : 

LIEUTAGHI P., Jardin des savoirs, jardin d’histoire, Salagon, éd. Les Alpes de Lumière, 1992, p.103

LIEUTAGHI P., Le livre des bonnes herbes, Arles, éd. Actes Sud, 1996, p. 289-293

Le livret du jardin médiéval d’Uzès. Petit inventaire et guide des plantes médicinales, s.d., p. 19 et 38

Cet article a été publié dans Uncategorized. Ajoutez ce permalien à vos favoris.