… de me raconter le monde vu par un pin noir d’Autriche dans les ruines d’un château. Voici sa réponse :
Au sommet d’une colline, entre les pierres effondrées d’un château oublié, un pin noir d’Autriche dresse sa silhouette sombre contre le ciel.
Je suis le pin noir. Né d’une graine tombée dans une fissure de pierre, j’ai poussé lentement, patiemment, là où aucun homme ne m’attendait. Mon tronc noueux porte les cicatrices du vent, du gel et du temps, mais je tiens bon. J’ai pris racine dans la ruine, là où autrefois des murs s’élevaient, où des voix résonnaient. Aujourd’hui, seuls les corbeaux me tiennent compagnie.

Le monde que je vois est un monde de silence et de mémoire. Sous mes branches, la pierre fendillée garde les secrets d’un passé disparu. J’imagine les pas qui foulaient ces dalles, les mains qui bâtissaient ces tours, les regards qui scrutaient l’horizon. Les hommes sont partis, mais moi, je suis resté.

Le vent me parle des siècles qui passent. L’hiver, il m’apporte la morsure du froid et le givre s’accroche à mes aiguilles. L’été, il me caresse d’une brise chaude et emporte au loin mon parfum de résine. Les racines que j’ai enfoncées entre les pierres s’agrippent comme des doigts obstinés, défiant l’effritement du château.
Les hommes reviennent parfois. Des curieux, des voyageurs qui s’étonnent de me voir là, dressé au milieu des ruines. Ils touchent mon écorce, prennent des photos, s’interrogent sur mon âge. Mais moi, je n’ai pas besoin de mesurer le temps comme eux. Je suis le témoin d’une histoire plus vaste, une histoire où les pierres tombent et où les arbres grandissent.
Les hommes bâtissent et oublient. Moi, je pousse et je veille.
📚 Et ainsi, le pin noir d’Autriche continua d’étendre ses branches au-dessus des ruines, gardien silencieux du passé et promesse d’avenir.










