La Guerre de la Vache aux éditions Les Belles Lettres !

Telle ne fut pas ma surprise de découvrir que ce conflit perdu dans notre Condroz serait l’objet de la newsletter de ce vendredi 28 juillet envoyée par les éditions Les Belles Lettres ! Cette maison d’édition est particulièrement connue pour ses deux grandes collections Guillaume Budé sur la littérature gréco-latine antique mais elle propose beaucoup d’autres livres très intéressants comme ce « Un été de culture G » illustré par les vignettes de Scott Pennor’s.  

Cette maison d’édition à la chouette avait décidé pour les vendredi de juillet 2023 de faire découvrir à ses abonnés  quelques  conflits méconnus.  Voici leur récit de cette « Guerre de la vache », énième querelle de voisinage entre nos médiévaux Comte de Namur et Prince-Evêque de Liège. Cela se déroule à la lisière de la forêt d’Arche, à quelques kilomètres seulement de Poilvache sur les plateaux condruziens : 

« La guerre de la vache de Ciney (1275-1278) »

selon Florence Braunstein et Jean-François Pépin.

LE CONTEXTE
     Il nous est difficile d’imaginer la complexité des rapports féodaux, et la guerre de la vache de Ciney permet d’illustrer ce propos. Il faut penser un monde, où, sur le territoire de l’actuelle Belgique – mais l’affaire aurait pu se dérouler ailleurs en Europe – les droits seigneuriaux et ecclésiastiques sont si imbriqués que, dans une même ville, un côté de la chaussée relève de l’évêque, l’autre du comte, et le pont qui les relie de l’abbaye. Chacun, bien sûr, veillant jalousement à l’exercice de ses droits, refusant tout empiétement des autres autorités.
   C’est ainsi que le vol d’une vache sur les terres du prince-évêque de Liège, en vain proposée à la vente sur celles du comte de Namur, à quelques kilomètres, entraîne une guerre féodale de trois années, des destructions, des centaines de morts.


LE DEROULEMENT
    Un paysan, Engoran, du village de Jallet, dépendant de la principauté de Liège, vole à Ciney, village voisin, une vache, en 1278. Il compte profiter de la foire d’Andenne, sur le comté de Namur, pour la vendre. C’est certes proche, mais une frontière invisible sépare les deux territoires, d’un côté le suzerain est le prince-évêque de Liège, Jean d’Enghien, de l’autre il s’agit du comte de Namur, également comte de Flandres, Gui de Dampierre.
   Ces princes se moquent éperdument du vol d’une vache, tant que leurs droits sont respectés. Or, le propriétaire de la vache, lui aussi venu à la foire, reconnaît son animal, alerte le bailli, Jean de Halloy, responsable de la police locale du Condroz, région du vol. Sur place, à Andenne, il n’a pas de pouvoir, ce n’est pas sa juridiction. Il propose un arrangement, que le voleur accepte : ramener la vache à son pré d’origine, et tout le monde oublie l’affaire.
    Seulement, à peine parvenu sur les terres du Condroz, où son autorité s’exerce, le bailli fait pendre le voleur. Le seigneur local, Jean de Goesnes, qui rêvait d’être bailli, saisit le prétexte : que le manant soit pendu, oui, mais sur son ordre. Aidé de ses neveux, il attaque peu après et détruit le château de Jean de Halloy.

vignette d’illustration du livre par Scott Pennor’s

Ce dernier se venge en brûlant terres et villages de son rival. 

   Et là, la mécanique féodale se met en route, la famille de Jean de Goesnes appelle à son secours son suzerain, le comte de Flandres, Gui de Dampierre, qui lui apporte son appui militaire pour prendre le village de Ciney, où le vol avait eu lieu, et brûler toute la population réfugiée dans l’église.
   Finalement, c’est le suzerain le plus haut placé, le roi de France Philippe III le Hardi, qui met fin aux hostilités. Il décide que les torts infligés par les deux parties s’équilibrent et ordonne le retour à la paix. Et le prince-évêque de Liège, me direz-vous ? Comme à son accoutumée, le prudent ne s’est mêlé de rien, demeurant bien à l’abri dans son palais épiscopal.

Cultivez-vous bien durant tout l’été !

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